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Le Dauphiné Libéré 21/11/2014

 

Vincent Brousseau présente, jusqu’au 30 novembre, une série de ses toiles à la librairie Arthaud. L’exposition réunit des peintures abstraites, sous le titre “L’espace d’un instant”. L’artiste aborde la peinture comme le poète la poésie. Il est comme quelqu’un qui cherche à saisir, en plein vol, des images fulgurantes, à traduire des sentiments enrobés de flou.

 

 

 

Amandine Ambregni, Art consultant

 

Janvier 2012.

 

Vincent Brousseau se rattache à la grande famille de l'abstraction.

Maniant une épure claire et sereine qui n'est pas sans rappeler la représentation de paysages asiatiques, il sait aussi charger ses toiles d'une intensité chromatique, énergique et plus mystérieuse qui fait écho à l'expressionnisme abstrait et à l'action painting.

 

Tour à tour minimal puis chaotique, Vincent Brousseau semble ne pas vouloir choisir entre ces deux grandes orientations de l'abstrait: il explore les deux voies, en parallèle.

Deux dynamiques, et deux maîtrises distinctes, tels deux plasticiens dans l'artiste.

 

Vincent utilise des techniques mixtes sur bois et toile, qu'il fait parler sous forme de lignes, de blanc, d'aérien et de respiration. Mais sur une autre toile, c'est toute la force de grands aplats de couleur pure qui s'empare de l'espace et le sature. Dans ce langage d'énergie et de pigments, d'où une force tellurique se dégage fortement, on trouve aussi des insiprations plus graphiques, qui font écho au street art et à la liberté du graffiti.

 

 

 

Céline Crespin, Médiatrice - Artiste plasticienne

 

Mars 2012.

 

J’ai choisi la peinture dans sa représentation la plus pure, c’est-à-dire dans l’acte de peindre, sa

réflexion sur le langage, la sémiologie (étude des signes), la philosophie, la méditation sur le

fondement de l’art, qui signalent l’attachement au concept qui privilégie l’idée à l’objet d’art.

 

Délicat paradoxe, la peinture de l’artiste s’apparente au premier coup d’œil à la famille de

l’expressionnisme abstrait, mais dans l’ensemble des périodes, il s’avère encore plus subtil.

 

La peinture abstraite expressionniste provient de l’école Américaine au sortir de la 2nde guerre

mondiale dont beaucoup d’artistes français exilés aux Etats Unis en sont les pères sous plusieurs

tendances :

•Le "Colorfield Painting" (Champs colorés) principalement représenté par Mark Rothko et ses

rectangles de couleur aux contours incertains, s'inscrivant sur des fonds plus clairs, parfois dans les

mêmes tonalités, parfois dans des teintes opposées.

•"L'Action painting" de Jackson Pollock, où le peintre projette la couleur, donnant ainsi au

mouvement qui conduit à la création autant de force que le résultat sur la toile.

•Le lyrisme où s'exprime une peinture gestuelle, instinctive, dite encore parfois calligraphique.

Hartung, Soulages, Van Velde ou encore Debré sont les leaders de ce mouvement. Le terme

"lyrique", pour désigner cette tendance de l'abstraction, fait référence à l'élan intérieur du peintre

capable de provoquer une émotion chez le spectateur, par des "formes" qui pourtant ne

"représentent" rien.

•Le tachisme est souvent un mélange, venu après le Colorfield et l'action painting, et unissant les

deux mouvements. Le principal représentant de ce mouvement est aujourd'hui Paul Jenkins.

La peinture dite narrative s’attachait à retranscrire une certaine réalité descriptible.

A contrario, l’école expressionniste (qui transparaissait d’ailleurs déjà à l’époque impressionniste à

travers les Bonnard presque Invisibles) et les prémices de l’art abstrait transcrivent l’idée de

l’Existence uniquement par l’acte d’intervention humaine.

Le choix de l’artiste pour la peinture abstraite est donc à la fois existentielle,

puisqu’elle ne s’inscrit pas dans une époque relative, et pourtant terriblement d’actualité

car on peut penser qu’il faille reprendre l’Histoire de la peinture là où elle s’est arrêtée, sur un

autre continent, au sortir d’une crise mondiale…

 

Plusieurs niveaux de lecture sont possibles pour la compréhension de l’œuvre …

Voici une proposition subjective.

Le chemin pictural de Vincent Brousseau est ainsi fait d’un certain regard sur le monde, d’une pratique quotidienne, d’errances, de doutes, de renoncements, de recommencements, de moments uniques et singuliers.

Le mystère de l’œuvre n’est-il pas celui de la vie tout simplement ?

La peinture abstraite est à la fois un exutoire des états d’âme, mais surtout la trace du passage de l’Humain. Intemporelle, comme l’est la peinture elle-même, traversant les années sans changer de sens, et perdure…

Ainsi, l’œuvre exposée fait son propre chemin avant d’atteindre celui qui lui fait face.

L’importance des titres épurés est essentielle à la lecture de son travail, et renforcent l’idée d’instants vécus.

Une plasticité sensuelle, épurée, faite de passages et d’accents, d’incidents et de rythmes, de mouvements, qui amène une musicalité sur la route vers l’inconnu, celui qui fait saisir le caractère unique de ce qui se passe.

Souvent la gestuelle spontanée du peintre nous ramène aux valeurs premières de l’action de peindre, en toute liberté, mettant en évidence l’ambiguïté du rapport conscient subconscient, de l’Homme avec la Nature, que ce soit dans le monde du visible ou ceux du mental…

Dans certaines toiles, l’emploi des tons sourds en toile de fond, évoque la condition humaine universelle, tandis que le contraste des couleurs franches au premier plan, déclare une reprise de la maîtrise du conscient, une écriture, signant ainsi les caractéristiques individuelles, et témoigne de la volonté de communiquer sa propre identité, son empreinte, humblement dans un passage.

Ainsi une œuvre d’art atteste de cette fragilité que nous avons tous en nous, et authentifie des forces de dépassement dont l’humain est seul capable.

Quelques signes « d’écriture » se profilent comme une emprunte du langage évaluant ainsi la distinction entre Homme et Humain.

Avec des ressemblances des spalters noirs de Soulages aux graphs du Street Art.

Le noir imposant comme l’encre est au papier, le rouge colère ou le bleu, soulignent un instant T, tracé par la main de l’artiste, qui porte en lui l’expérience hasardeuse de ce moment précis.

Vincent Brousseau vit donc au présent l’expérience de la peinture ; sa démarche est courageuse, sincère et singulière.

C’est en regardant l’ensemble de ses œuvres qu’on y décèle la trace de ses connaissances, et que l’on peut constater la cohabitation entre le lyrisme et la volonté d’aller vers la conceptualisation, à moins que l’un sans l’autre ne puisse exister…

 

Ainsi est la vocation de l’Art…

 

Mais que va-t-il donc advenir de l’évolution de la peinture (sujet pourtant inépuisable…) dans le contexte économique mondial actuel, en opposition avec l’essor les nouvelles technologies ?

Vincent Brousseau ne témoignerait-il pas d’une forme de résistance sociale à travers

son cheminement artistique, arguant l’idée du passage d’un état à un autre ?

Peut-être celui de la dématérialisation…